artisans_forgerons_3Parmi les découvertes de l'époque viking effectuées dans les pays scandinaves, les bijoux d'or et d'argent constituent un ensemble aussi important que fascinant. Leur importance numérique et la diversité de leurs formes portent témoignage de la situation privilégiée qui était celle des orfèvres dans une société disposant de riches ressources en métaux et entretenant des relations étroites avec plusieurs civilisations, qui leur fournissaient une importante source d'inspiration et de renouvellement.

Traditionnellement les orfèvres scandinaves étaient au service des rois, des aristocrates et des autres grands de la société viking, car, plus que d'autres, ces milieux ressentaient la nécessité de tels bijoux ne serait-ce que pour les distribuer en cadeau à leur entourage (que l'on pense à la façon dont les rois récompensaient leurs poètes !) et disposaient des moyens financiers leur permettant de passer de semblables commandes. De plus, ces milieux étaient en relation avec les cercles dirigeants des autres contrées nordiques, mais aussi des pays d'Europe occidentale et d'Orient. Ce sont ces contacts qui donnèrent à l'orfèvrerie scandinave sa relative homogénéité, creuset au sein duquel les influences étrangères se mêlèrent aux traditions autochtones. Tous les métaux précieux étaient importés, tant de l'Orient musulman que d'Allemagne, de France et d'Angleterre. Si l'argent dominait nettement, l'or n'avait pas seulement une plus grande valeur, il jouissait aussi d'un prestige inouï, témoin notamment le fait que la majorité des objets en bronze et de nombreux bijoux en argent furent dorés.

Les objets fabriqués par les orfèvres, que ce soient les bijoux proprement dits ou les vases à boire et les harnais, revêtaient une certaine importance sociale. et ce dans plusieurs domaines. Bien entendu, ils servaient d'abord et avant tout à la parure, mais ils révélaient égale- ment le statut social et la religion de leur propriétaire, voire dans certains cas son appartenance ethnique. De plus, ils jouaient un rôle économique, car, dans cette société scandinave de l'époque viking qui était dépourvue d'un véritable système monétaire, l'or et l'argent étaient pesés et servaient ainsi aux échanges commerciaux. C'est pour cette raison que l'on n'hésitait pas à briser les bijoux et que certains d'entre eux - en particulier les colliers et les bracelets possédaient à dessein un poids uniforme, ce qui permettait de les utiliser à volonté comme moyen de paiement.

 

Les orfèvres scandinaves maîtrisaient tout un ensemble de techniques de fabrication et de décoration, à savoir le moulage, le défilage et le tressages la gravure, le filigrane et la granulation, la ciselure, la niellure, le placage, la verroterie et l'incrustation de gemmes. La seule technique à avoir été absente de leur répertoire est celle de l'émail.

Une part notable du travail des orfèvres nordiques était consacrée à la fabrication de ces symboles de statut social qu'étaient les colliers et les bracelets. Ces bijoux étaient façonnés à l'aide soit d'une simple tige martelée ou étirée soit d'un ensemble de deux tiges entrelacées, le nombre de ces dernières pouvant s'élever jus- qu'à douze. Les anneaux aux tiges entrelacées constituaient une nouveauté en Scandinavie et s'inspiraient de modèles orientaux. C'est également à l'étranger, plus précisément à Byzance, que les Scandinaves apprirent à fabriquer des chaînes fines et souples à l'aide de la technique du crochet ou en utilisant de petites mailles entrelacées .

  Certaines techniques semblent avoir été fort prisées et furent de fait utilisées durant toute l'époque viking ; ce sont notamment le repoussé, pour lequel on se servait d'un marteler triangulaire qui a été retrouvé en de nombreux exemplaires , la niellure, qui offre un vif contacte de couleurs grâce à la présence d'une masse noire de sulfate d'argent   et surtout les deux procédés de prédilection, le filigrane et la granulation. D'origine très ancienne. l'un et l'autre étaient largement répandus en raison de leur raffinement esthétique et technique.

lmportés d'Europe occidentale, ils atteignirent en Scandinavie un niveau artistique tout à fait remarquable.

Dans l'histoire de l'orfèvrerie nordique à l'époque viking, le Danemark occupe une place particulière, car la proximité de l'Europe continentale provoqua dans ce pays une rapide évolution non seulement dans le domaine politique mais aussi dans la sphère artistique. Ce sont vraisemblablement les orfèvres danois qui introduisirent en Scandinavie de nouveaux types de fibules, tels que les fibules trilogies   et ce sont également eux qui commencèrent à fabriquer des vases à boire destinés à remplacer les cornes .A côté de fontes d'excellente qualité, l'art du filigrane fit son apparition au Danemark au cours du Xe siècle.

Caractérisée par une utilisation conséquente des motifs animaliers et des entrelacs, cette technique arriva à maturité à la cour du roi Harald à la Dent Bleue, la découverte d'ateliers dans les camps fortifiés de Fyrkat et de Trelleborg indiquant au demeurant que les principaux centres du pouvoir royal étaient également d'importants foyers artistiques. Mais c'est à Hedeby, sur les lieux du plus grand site commercial du jutland, que l'on a découvert notamment quarante-deux Poinçons de bronze utilisés pour exécuter différents types de bijoux en filigrane   Parmi les plus remarquables produits de cet art du filigrane, mentionnons les bijoux provenant du trésor de Hiddensee   un pendentif en forme de " marteau de Thor " découvert en Scanie   et un éperon d'or trouvé dans le monastère de Vaerne, en norvege Cet art connut son apogée au cours du XIe siècle, notamment au jutland où furent exécutés des joyaux aussi splendides que les fibules en or de Hornelund   Dotés d'un prestige incomparable, ces bijoux royaux furent copiés dans toute la Scandinavie, y compris en islande, et on en trouve des imitations jusqu'en Angleterre et en Russie.

A côté de ces bijoux en filigrane répandus dans une grande partie de l'Europe, on rencontre dans les pays scandinaves des objets de fabrication plus spécifiquement locale. Par exemple les fibules penannulaires de type irlandais : ces joyaux d'argent décorés de niellures et de filigranes dorés, qui étaient utilisés comme agrafes pour le manteau masculin, arrivèrent en Scandinavie via la Norvège mais furent fabriqués également en Suède et en Russie       Un autre type de bijou de fabrication locale est constitué par les grandes fibules moulées d'aspect monumental qui ont été découvertes dans les provinces orientales de Suède et en Russie 

Dans l'île de Gotland, l'art de l'orfèvrerie se révéla particulièrement raffiné tout en faisant preuve d'une grande originalité, les artistes locaux dominant entièrement la plupart des techniques et Se montrant Ouverts aux influences étrangères. Au sein de leur production la plus caractéristique celle du Xe siècle avec les fameuses fibules en forme de boîte ronde   et les bractéates , on distingue des motifs en filigrane provenant du nord de l'Allemagne, tandis que d'autres sont inspirés (les boucles en émail de Byzance. Au cours du Me siècle se développa dans cette île un art issu de la synthèse des anciennes formes hollandaises, des imitations des bijoux slaves et des variantes locales des fibules danoises. Ces bijoux gotlandais se répendirent très largement à l'extérieur de l'île en sol-te qu'on les retrouve fréquemment dans des trésors découverts en atonie, en Finlande, dans l'île d'Oland et sur le continent suédois.

En Scandinavie, l'orfèvrerie de l'époque viking offrit une richesse de formes et de techniques sans comparaison avec les époques précédentes. Elle créa un art éclectique, et néanmoins vivant, grâce à l'habileté des orftevres nordiques ainsi qu'à leur capacité à fondre les traditions autochtones au sein de l'héritage européen.